du temps où l’on apprends des choses…

É mounier couloir 2nde 84

Il s’appelait Olivier.

Olivier D.

« D » parce que je ne crois pas pouvoir révéler son nom.

Je veux que ce nom appartienne encore à quelqu’un quelque part. Quelqu’un qui le chérisse, le protège dans un cocon de mémoire, puisse sortir des photos d’un tiroir pour lui redonner son visage et son apparence, lui renvoyer de l’amour par delà le temps. Je veux que ce nom ait un lieu, une demeure.

Qu’il vive.

Nous étions dans la même terminale littéraire, peut-être nous étions-nous déjà trouvés dans la même première, sans vraiment nous connaître, sans devoir encore nous reconnaître. Olivier ne semblait fréquenter aucun groupe précis, politique, sportif ou culturel. Il appartenait à la catégorie de lycéens qui arrivaient à l’heure aux cours et ne quittaient l’établissement qu’une fois ceux-ci terminés, il passait ses heures libres d’interclasses à la bibliothèque et déjeunait à la cantine. Ponctuel, précis, efficace.

Un jeune-homme sage.

Dans mes souvenirs ses résultats étaient excellents, ce qui pouvait nous éloigner davantage. C’était un garçon scolaire et appliqué, dès lors les enseignants ne le remarquaient guère plus que les enseignés. S’il ne se confondait pas avec les gens « sans histoire », bons élèves tranquilles, cancres invisibles, adeptes lisses de l’aumônerie et quelques autres dont la vie se déroulait probablement ailleurs, c’était par son allure tout en équilibre entre flegme et nonchalance, un déhanché particulier, une demi tête de plus que les autres, un corps tout neuf de dix-sept ans pas facile à gérer.

Un jeune-homme effacé aussi.

Je ne sais pas, ou plus, qui étaient ses amis, nous avions tous tant à dire de nos vies en ébauches, d’un monde à repenser, d’expériences à exalter, d’idées en germination dans nos têtes passionnées. Mais lui, à qui se confiait-il ? Je crois qu’ il demeurait seul. C’est ainsi que je le revois, assis dans un coin du hall un livre ou un journal entre les mains, traversant la cour lentement pour profiter d’un rayon de soleil, à son pupitre le regard perdu au plafond… Il n’était pas rejeté, indépendant assurément, peu soucieux des autres, insensible aux opinions qu’il pouvait susciter, il s’épargnait les confidences et ne semblait pas éprouver le besoin d’en livrer. J’entendais parfois des moqueries à son sujet, venues d’un groupe de filles qui ne comprenaient pas son indifférence ou en avaient au contraire découvert le sens. La plupart des garçons l’ignorait, tout simplement.

Olivier était grand, fin comme on l’est à cet âge quand les adultes vous trouvent « osseux », coiffé d’une épaisse et inapprivoisable tignasse de cheveux bruns très frisés qui constituait un détail remarquable de sa personne. Il avait de grands yeux noirs, un nez aquilin et des lèvres bien marquées qui souriaient peu, le front haut, le menton aigu, un visage agréable qu’on eut dit méditatif, soucieux aussi. La mode était aux garçons romantiques. Contrairement à beaucoup il n’étudiait pas son apparence vestimentaire afin d’être assimilé à tel ou tel « clan », chaussé de clarks beiges, alternant selon la saison jean et gros pull marine avec jean et t-shirt blanc, il portait invariablement par dessus, presque obstinément, un duffle-coat beige clair, plutôt en vogue à l’époque, en fait il semblait dégagé de toute contrainte. Son look était celui d’un ado de la fin des années 70 qui désirait qu’on lui fiche la paix.

Je marchais dans la rue, effectuant seul le trajet entre le lycée et le café où nous nous retrouvions entre « gauchistes » et fumistes toutes obédiences confondues pour le déjeuner et le flipper rituel, lorsqu’il posa sa main sur mon épaule. J’étais étonné, il avait couru pour me rattraper, il était essoufflé, rouge et sans voix, son regard remplissait mes yeux d’une interrogation électrique, puissante, dont j’ignorais tout. Dont je voulais tout ignorer.

– « Je voudrais t’accompagner… c’est possible ?

– « bien sûr, oui viens !

Je m’apprêtais à pousser la porte de notre troquet habituel mais il m’a dit :

– « je préférerais qu’on aille dans un autre café… sur la place, c’est plus calme et j’ai à te dire quelque chose… de… plutôt délicat…

Intrigué, j’acceptais, me rassurant toutefois en imaginant que nous allions aborder un sujet politique, et je rêvais déjà d’une éventuelle recrue pour la Troisième Internationale, un nouveau distributeur de tracts et colporteur de Rouge que je pourrais fièrement présenter aux « camarades » …

Nous pénétrâmes donc dans le Café Voltaire, situé un peu plus haut dans le vieux Châtenay, un endroit que je fréquentais peu. La salle avait un air provincial, désuet, elle était presque vide. Nous nous installions sur la droite, près d’une fenêtre, l’un en face de l’autre. La table était carrée, en bois, hors d’âge, bancale comme les chaises peintes et repeintes, et nous demeurions silencieux jusqu’à ce que, depuis le comptoir, la serveuse nous interpelle pour la commande.

« deux café ! Ça marche ! »

Plutôt qu’attendre dans un mutisme embarrassé j’allais me chercher des cigarettes, lorsque je regagnais ma place, les cafés fumaient et Olivier prit aussitôt la parole.

– « J’ai parlé à Marjoe… nous avons quelque chose en commun toi et moi… »

Marjorie pour nombre d’entre nous était une sorte de gourou dont l’instabilité créatrice faisait référence. C’était aussi mon amie, nous avions fait le voyage en Grèce, à ce titre elle en savait plus sur moi que la plupart des gens, confidences, élucubrations intellectuelles faisaient notre quotidien.

Á ces mots j’ai ressenti de la colère devant ce qui me semblait être une trahison et c’est probablement ce que mon visage renvoyait à Olivier qui s’était tu. Mais avais-je d’autre visage que le masque froid et accusateur dont j’usais dès qu’il s’agissait de me révéler un peu. Pourtant c’est à ce moment que je le détaillais, le regardais pour la première fois, enregistrant ses traits, envisageant le désir qu’ils pouvaient m’inspirer, ce désir naissant qu’éveillait l’aveu qu’il s’apprêtait à me faire. C’était pourtant un regard sans empathie qui ne cherchait qu’à le mettre mal à l’aise, mon ressentiment l’emportait, dirigeait mon humeur malgré moi. Je me sentais blessé, et cette blessure s’agrandissait, déchirée de contradictions.

Il reprit la parole, mais le fit en anglais, je n’avais pas son niveau il le savait, la distance entre nous ne lui faisait plus peur, au contraire il fuyait tandis que je m’enfonçais. Quoique désorienté par ma réaction il parlait sans gène, lentement, des mots dont j’anticipais le sens avant qu’ils ne fussent prononcés et qui se plaisaient à m’échapper sous le coup d’un sortilège dont j’étais seul coupable. Olivier frappait à ma porte avec une immense délicatesse et malgré ma volonté de sortir de l’ombre, de la honte et du secret, je ne parvenais à m’ouvrir à lui. Je savais parfaitement que ma rancœur à l’égard de notre amie commune n’était qu’un prétexte stupide. Je demeurais muet, ridiculement muet, retenu par je ne savais quoi, ou par quelque subtilité quasi névrotique annihilant en cet instant mes souhaits et ma personne véritable.

Le malaise avait eu le temps de tisser sa toile crasseuse, le sourire qu’Olivier m’adressait était celui de l’impuissance et du renoncement ; il me percevait parfaitement, son aide était probablement inutile. Il s’est levé, est allé chercher son duffle-coat au porte-manteaux et avant de l’enfiler, revenant vers la table où je demeurais assis, me dit :

– « Bien, alors salut,,, oublie tout ça, s’il te plaît. »

et on s’est stupidement serré la main.

Je demeurais seul, troublé, par moi-même humilié, un for intérieur cramoisi de honte, peut-être de remords aussi.

J’ai voulu sortir à ce moment là, le rattraper, le toucher, lui dire des mots gentils, lui dire « essayons Olivier… essayons maintenant, tout de suite…» . Trop tard, je restais pétrifié, ahuri de ma propre stupidité, de ma lâcheté.

Trop tard, de toute façon.

Impossible de me rappeler quelle fut mon attitude par la suite, impossible d’évoquer un souvenir de lycée auquel il fut lié. Nous n’étions pas loin de la fin des cours, j’y assistais d’ailleurs peu, et s’il m’arrivait « de faire un tour au bahut » je préférais égrener les heures au café.

Black out, plus d’image.

Combien de temps devait s’écouler entre cette conversation et l’annonce de son suicide ?

Quelques mois ? Une année ? Je ne sais plus. Qui me l’a dit ? Je ne sais plus. Quand ? Pourquoi ? Que faisions nous ? De quoi parlions nous ? Les mots sont tombés, glaçants :

« Tu es au courant qu’Olivier s’est suicidé ? »

Tels furent-ils, précisément, les mots entendus et qui font encore écho dans ma tête après tant de temps. Je ne les ai pas crus. Je n’en ai pas voulu. J’ai cherché quelqu’un qui me démente l’information dans un éclat de rire, j’ai cherché une adresse, une trace quelque part. Je l’ai cherché lui, pour lui dire mes regrets.

Mes « Regrets Éternels »…

Je raconte ça parce qu’en janvier dernier je me suis retrouvé involontairement à Châtenay-Malabry, nous étions allés avec ma sœur sur la tombe de mon père à Fontenay, c’est devenu un rituel à chacune de mes venues en France. Je n’avais plus de cigarettes et à force de chercher un tabac ouvert on s’est retrouvé au « Café Voltaire ». Il y avait la queue pour les cigarettes à droite de l’entrée et la salle en contrebas était bruyante et pleine de monde. Peut-être à cause de la pluie. En fait ça n’avait pas changé, du moins j’ai trouvé. Une impression. Un sentiment.

Je me suis dit : «par contre il faisait beau à l’époque… »

Si j’ai souvent repensé à ce moment, je n’étais jamais revenu sur place, il y a des conjonctures mystérieuses où on se retrouve nécessairement par delà les kilomètres parcourus et les années écoulées. La vie nous ramène à un point zéro ouvert sur un de ces instants dont elle a gardé la marque, qu’on le sache ou non.

« Olivier, dis moi que je n’y suis pour rien…… »

pour le titre cf M. Proust, in « À l’ombre des jeunes filles en fleur »

Julio González Masque d'adolescent, fer coupé et plié, ca 1930, 32,6 x 17,5 x 3 cmJulio Gonzàles, Masque d’Adolescent, fer coupé et plié, 32,6×17,5x3cm, ca 1930

 

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ces moments où j’abandonne.

Juliusz Lewandowski _ Juliusz Martwy sans titre

Tu me dis de m’asseoir sur la table de la salle-à-manger. En t’attendant j’avais commencé à me déshabiller, je n’ai plus sur moi que mes chaussettes et une chemise fine en soie blanche, alors en m’asseyant je sens bien le contact un peu rugueux du bois sur mes fesses. Je te trouve un peu mutique ce soir… et bien que j’en aie une petite idée, j’ai du mal à imaginer ce que tu as en tête. Plutôt que m’inquiéter ta manière de prendre en mains les choses nourrit mon impatience et mon excitation.

Par-dessus le tissu de ma chemise tu te saisis des boutons de mes seins, tu pinces, tu tires, les fais rouler entre tes doigts blanchis par l’effort. Je serre les dents, mes yeux se mouillent de larmes mais en même temps une douce vague de plaisir se déplace de ma poitrine à mon ventre, pour achever sa course entre mes jambes où j’attends déjà la suivante.

Je souffle comme un bœuf.

« vire ta chemise ! » tu m’ordonnes.

J’obéis, mes yeux encore brouillés plongés dans les tiens…

« allonge-toi sur le dos et écarte moi tes jambes »

je fais ce que tu dis et j’attends en fixant le plafond, je sens ton regard sur moi… j’ai l’impression d’être un objet d’exposition en quête d’acquéreur, je bande encore plus…, j’entends que tu te déshabilles assez lentement, parfois le contact de ta peau me fait sursauter, je sais que tu m’observes, me détailles et ça me plait. Enfin tes mains caressent mes jambes, vont et viennent comme pour un massage, poussent sur mes muscles, un rythme qui me détend tout à fait. Tes lèvres viennent apaiser mes mamelons douloureux. Ta langue est agréable, fraîche et voluptueuse, elle remonte à la base de mon cou, m’aspire, lèche mes oreilles. Dans cette position je sens ta bite plus dure que jamais appuyer sur mes couilles, instinctivement je fais un geste pour me protéger mais d’un coup de queue un peu brutal tu dégages ma main et je devine aussitôt l’énergique pression de ton gland sur mon trou.

« ne resserre pas les cuisses » tu murmures à mon oreille,

sans hésiter j’écarte mes jambes, ma main droite pleine de salive, saisit ta bite, je la manœuvre pour stimuler mon anus, elle est brûlante et dure, le sang bat, bouillonne de vie. Mon dos devrait être douloureux, mes jambes tremblent mais je ne perçois de mon corps que ma chatte qui s’ouvre à ton approche. Et soudain ta queue m’envahit, s’engouffre en une seule et unique fois. Tu me fais hurler, un cri qui s’achève en souffles de plaisir, gémissements de bien-être. Mais tu t’arraches déjà pour revenir encore plus fort, tant de fois que je ne compte plus, mes mains agrippées au rebord de la table… les tiennes sont autour de mon cou, je transpire et reçois ta salive sur mon visage, ma tête balance de droite à gauche, ma seule certitude alors est d’être sous toi, tu halètes et brusquement je sens ton sperme m’envahir, me combler au creux de mon ventre. Tu te retires et retiens ta semence avec tes doigts, je ne sais pas encore si tu l’enfonces ou tentes de l’extraire. Ton toucher me fait exulter. Putain ! Qu’est-ce qu’on est beaux !! je cambre mon dos, tout entier à ta disposition, tu sors tes doigts de mon cul, les portes à ma bouche et me régale en me les faisant lécher, encore et encore. Tu grimpes sur la table et tu t’assieds sur moi. On se regarde… ta bite encore grosse s’étale entre mes seins je recueille le filet de foutre qui s’en écoule pour m’en caresser les tétons.

« je te veux », c’est comme un murmure qui sort du plus profond de moi.

« je sais » tu réponds en souriant. »

« tu as tort…. parce que tu n’imagines pas à quel point je te veux… »

et je ferme les yeux en espérant que tu vas me sucer en me présentant ton cul, offrant tes cuisses et tes fesses à mes mains, ta raie et ton trou à ma langue vorace.

illustration : Juliusz Martwy (Juliusz Lewandowski) 120×100 cm, sans titre.

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Le sonnet des testicules, Eugène Mimonce (1846-1923)

 

deviantart


De mes ardeurs, vous êtes le doux véhicule.
Pudiques je vous sais, étonnants tubercules,
Vous vous escamotez, par peur du ridicule,
Sous un duvet charmant, frisettes minuscules.

Toujours par deux allez car quand l’un gesticule,
Son frère communie avec lui, j’éjacule.
Savonnés avec soin, pas une pellicule
Ne vient là régaler d’odieux animalcules.

Mon prépuce vous oint, utile cuticule,
Et mon phallus se pâme, ô ! noble caroncule,
Dans des pertuis divins, profonds diverticules.

Je flatte volontiers, quand vient le crépuscule,
De deux expertes mains ces rondes particules
Qui ornent joliment mon mâle tentacule.

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avant de t’endormir

couple_with_lamp_2_by_juliuszlewandowski-db41kh3

Nous sommes au lit. Je pose mes lèvres sur les tiennes, me coule le long de toi allongeant bras et jambes pour me sentir tout contre ta peau, au plus près de ta chaleur, confondant nos chairs dans l’intimité d’un seul cuir velu et ardent, comme si ce jour devait s’achever sur l’allusion d’une dernière et rapide étreinte. L’illusion d’un jeu d’ombres avec à peine ce qu’il faut de lumière. Mes mains parcourent ton dos et tes fesses, elles se font timides à mesure que ta respiration s’apaise et que tes paupières clignent, toujours plus lentes à se rouvrir, du bout des doigts je frôle tes cheveux une dernière fois avant de te dire bonne nuit et te laisser tranquille. Tu es si beau.

Mais tu souris et, les yeux toujours clos, me demandes ce que je me propose de faire pour soulager ta grosse bite dont je sais augmenter le volume contre mon ventre.

Un cocktail de surprise et de désir refoulé me trouble suffisamment pour que mon ignorance te surprenne, l’envie que j’ai de toi déferle de tous mes sens sans que je parvienne à en organiser les priorités, je prétends qu’aucune idée ne me vient et t’oblige à tâter la mollesse de ma queue, aussi flasque que la tienne est raide alors même que tu viens la fourrer sous mes couilles et la frottes d’avant en arrière, piégée volontaire entre la racine de mes cuisses et celle de mon sexe. Nul doute que la venue de ton sommeil ne se fera pas sans le préalable de quelques giclées de sperme. Tu me demandes de prendre ta bite dans ma main et de la choyer un peu. Je doute que ce genre de cajoleries puisse avoir des vertus apaisantes mais ma main déjà s’active sous le drap. Je caresse ton ventre, la ligne de poils qui le traverse, pour rejoindre ton pubis où mes doigts s’enfoncent et s’électrisent avant de remonter ce membre impressionnant, le saisissent enfin et jouent sur ce prodigieux objet de pressions mesurées de vigueur et de douceur.

Il y a longtemps que l’excitation m’a gagné et je file sous le drap, m’installe entre tes jambes où je m’emplis de ton odeur, ces sublimes parfums mêlés de ton corps et de ton désir. Je te lèche les couilles, glouton et animal, et soulève tes cuisses pour accéder à des senteurs plus intimes, passer ma langue entre tes fesses et revenir à tes couilles d’où je peux observer ta queue battre sur ton ventre en élans désordonnés et impatients qui engagent ma bouche à la saisir. Je te suce un peu et te goûte beaucoup. Je me redresse et m’assieds sur toi, mon trou sombre sur ton gland incarnat, je me balance pour masser tranquillement ta queue coincée dans la raie de mes fesses. Je crache dans ma main pour l’envelopper de salive.

En moi-même je pense que j’ai vraiment eu du nez ce soir en faisant une toilette approfondie…

Tes jambes s’agitent, tes bras ne savent s’ils doivent m’attirer ou me renverser, tu me laisses l’initiative de me jeter de côté, te soulever et t’amener sur moi. Tes mains prennent appui sur mes épaules, arc-bouté au-dessus de moi tes cuisses écartent les miennes, et tes yeux plongent dans les miens en même temps que ta bite me pénètre. Je tiens tes hanches des deux mains comme s’il s’agissait pour moi de suivre la danse que tu t’apprêtes à mener et je croise mes jambes sur ton dos. Nous aimons cette posture, mais quelle est celle que nous n’aimerions pas ? J’aime sentir ton poids… ta force… et contempler ton visage juvénile paré d’expressions qui disent à la fois l’homme et le garçon qui me baise.

Tu relèves mes jambes et les portes sur tes épaules. Tu me regardes, les yeux remplis de l’évident plaisir de m’entendre gémir, mon corps épouse la délectation que tu mets à me culbuter, le tien tout entier se fait l’écho de l’action de ta queue, il pousse et se retire, tantôt friction tantôt caresse, ta verge m’emplit et me vide, me brûle et me rafraîchit. Je ne me suis jamais senti aussi ouvert et cependant je cherche sans cesse à te retenir, certes la position aide en plus de la passion que tu mets à me fouiller le derrière. Je ne me pensais pas capable de t’accueillir aussi profondément, tu m’embrasses, me soulèves, m’écrases, ta bouche me cherche, mordante, j’acquiesce,,, autant que je me soumets aux tracés de tes ongles sur ma peau, aux pincements de tes doigts. Seule la jouissance me fait crier. Je sens tes boules bien dures et pressées contre ta queue, ta respiration et ton pouls trahissent l’approche de l’orgasme, ton sperme jaillit jusque des zones qui ne pensaient jamais en connaître la douceur. Le mien se propulse sur nos ventres juste avant qu’ils se rejoignent. Tu restes allongé sur moi, ta queue s’amollit doucement dans mon cul qui coule délicieusement, mes lèvres ne quittent pas ton cou, mes mains sont immobilisées sur tes fesses… je me demande si tu ne dors pas déjà….

illustration : Juliusz Lewandowski (Juliusz Martwy) Couple with lamp 2

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à propos de Zorba…

Pour animer le regard désenchanté qu’un homme pose sur ses difficiles relations avec Dieu, Nikos Kazantzaki a écrit Alexis Zorba. Michael Cacoyannis pour réaliser son film isole les meilleurs éléments du livre et les rend définitivement beaux et inoubliables sur la pellicule.

Zorba est un autochtone qui dans une région à l’Histoire mouvementée et sombre, la Crête, la Grèce et les Balkans, a eu une histoire elle même mouvementée et plutôt sombre.  Mais Zorba est un sage dont l’existence repose sur cette évidence philosophique : la vie doit être vécue pleinement parce que quand on est mort on ne peut plus le faire. Cet homme d’âge mûr trouve volontairement la vie agréable et passionnante, se rit des catastrophes et s’engage dans des expériences en apparence folles.  Zorba est profondément Grec, atomiquement Grec, quand son moral pourrait s’effondrer il le régénère par le plaisir, sa joie dans la musique et dans les autres, son bonheur quasi mystique à danser. C’est la fin du film, quand survient la catastrophe avec la chute au bas de la montagne de leur projet commun Zorba apprend à Basil le sirtaki et la scène de leur danse sur la plage demeure aussi inoubliable que la musique qui l’accompagne.

Quand j’ai compris le film ce fut longtemps après l’avoir vu pour la première fois, enfant avec ma grande sœur dans un cinéma de la Porte-d’Orléans, ce fut bien sûr à la télévision à l’heure tardive de je ne sais quel ciné-club cathodique. Sans doute me retrouvais-je là faute de mieux, probablement pas dans l’attente fébrile de découvrir ce qui était déjà devenu  » un vieux film »… Curieusement je me rappelais quelque chose de drôle et les premières minutes me parurent singulières. Jeune homme la Grèce m’avait reconnu comme un des siens, j’étais séduit, amoureux de cette terre et de son peuple, elle s’était chargée de sens, et moi de désir, de passion. Une relation forte, tumultueuse, s’était engagée. Je pense que c’est Mélina Mercouri, qui, portant haut la voix des exilés, entretint mon « philhellénisme ». Le film de Cacoyannis fut l’élément conscient de mon attachement, au sens propre, à ce pays. Ce besoin essentiel d’en connaître la langue, la musique, la littérature, … les gens plus largement. L’univers culturel qu’il me révéla, si différent du mien et si divertissant, m’aspirait. La réaction décalée du héros me fit comprendre que si on ne pouvait agir sur les évènements autant en rire.

Le Zorba d’Anthony Quinn, et par là même son interprétation de l’homme grec, est  tout d’abord absolument remarquable, et surtout elle est inoubliable. Cet irlando-mexicain des bas-fonds de L-A. est parvenu à incarner définitivement l’âme et la force vive de la Grèce, sa contemporanéité et son éternité.

La musique, magnifique, pénétrante, elle aussi inoubliable, est l’autre interprète du film. Dès lors cette musique grecque est devenue planétaire, aimée, célébrée par toutes les catégories sociales. Elle est l’œuvre de Mikis Théodorakis, compositeur lumineux, dépositaire de ce matériau populaire extraordinaire, ce caractère artisanal du chant, spontané de la danse, des notes, le souffle naturel de la poésie. Pour concevoir cette mélodie enivrante Théodorakis a associé deux danses très différentes, le syrtos, lent et digne, et le pidikos, frénétique et sauvage.

Ce film a fait de moi un exilé,  un Grec de l’extérieur. Après l’avoir revu je lisais toute l’œuvre de Kazantzaki, puis de contemporains de plus en plus nombreux, j’apprenais la langue, m’intéressais à la religion et je m’orientais dans une profession qui allait nous lier définitivement. La vie a ses diktats qui bouleversent nos volontés intimes mais ma grécité a continué de s’enrichir et où que je me trouve j’ai pu me rire de ces petites contrariétés qui ne m’amenaient pas forcément là où je le voulais.

Le film est resté populaire des années durant, diffusé régulièrement à la télévision, à l’affiche de festivals comme de cinémathèques. Il peut paraître un peu vieillot aujourd’hui mais je pense que les gens continueront d’aller le voir malgré ses cinquante ans. Aujourd’hui, à la lumière de la crise, il se charge de davantage de sens. Sa musique, elle, ne cessera jamais, comme un flux sanguin.

zorba1

Origine du film : États-Unis, Grèce
Réalisateur : Michael Cacoyannis
Acteurs : Alan Bates, Anthony Quinn, Irene Papas, Lila Kedrova, George Foundas
Genre : Drame
Durée : 02h16min
Année de production : 1964
Date de sortie : 1964
Titre Original : Alexis Zorbas – Zorba the Greek

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Cacoyannis

https://fr.wikipedia.org/wiki/Zorba_le_Grec

https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis

http://www.voirfilms.org/zorba-le-grec.htm#filmPlayer

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Jack-Alain Léger, n’est plus à la fenêtre.

je suis à la fenêtre

toi tu es dans la baignoire

tes pieds dépassent

je peux les voir dans la glace de l’armoire


il y a ce disque idiot

qui est rayé au milieu

et les tarots, que je te tire sur ton châle en camaïeux


il y a l’odeur d’encens

et les bougies ont fondu

tout est si vague

le fil des pensées s’est perdu


je ne sais même plus si je pense

je ne sais même plus si je pense


il y a une fille que j’aimais

à la fin de la nuit

j’étais à contempler les novas

et les anneaux de saturne

je veux dire

j’étais mon jean vide et mon blouson

qui flottait à un bâton d’os

les os friables de la came

j’étais le singe du travelo

tu te souviens? ….Baldwin

j’étais le singe du travelo

oui j’étais vraiment lui

le cul rose sur le rebord du caniveau


le singe du travelo

et ses petits doigts noir

tu sais qui caressait mon cul comme une plaie ouverte

mon nez je veux dire

mon nez ou s’engouffraient les autos

comme dans un tunnel

mes narines !

avec leur tuyau d’échappement

des nuages d’héroïne

et le cheval vapeur

horse power, horse power


à écouter un vieux jazz

devant un vieux bar

avec du papier de soie coltrée

je veux dire tu vas dans les chiottes ou quelque chose comme ça

et moi, le cul dans le caniveau

et le flottement, indécis

d’un drapeau de trottoir

dont j’étais la hampe

et les étoiles qui tournaient partout

tout autour de ma tête

ma cervelle de came

mes os friables

qui un jour disparaitraient aussi

dans l’eau du caniveau

avec mon reflet

avec mon nez

mon nez brûlé reflété..


je suis celui qui a vu un bulldog débouler

et qui bringuebalait tous les immeubles de la rue de l’angle derrière lui

a l’est de ses traineaux

que tu es beau bulldog!!!

que j’aime ta robe rouquine

wouaw wouaw wah

il a levé sa pine bleue pour pisser

combien je t’aime

et au bout de la laisse, Zelda

un peu vieux me fait-elle

votre procédé

détrompez-vous

c’est toujours efficace avec un chien

ce n’est pas a vous que ce compliment était adressé

vous l’avez cru parce que vous êtes rousse, aussi

c’est pour votre chien que mon cœur bat!

heh je veux dire, je disais ça comme ça

wouaw wouaw wouaw

les chiens wouaw !

les chiens wouaw dans la nuit!

la nuit wouaw!

les chiens wouaw

et toi!? et toi wouaw!


le jour alors se lève

I love you Zelda!

I love you Zelda!

je chantais

je chantais avec le soleil

Zelda!


je suis à la fenêtre

toi tu es dans la baignoire

tes pieds dépassent

je peux les voir dans la glace de l’armoire

Daniel Théron, dit Melmoth, dit Dashiell Hedayat, dit Jack-Alain Léger, dit Eve Saint-Roch, dit  Paul Smaïl – Long song for Zelda, 1971.

jack-alain-lc3a9ger

Jack-Alain Léger (1947-2013), écrivain, chanteur, traducteur. photographie de Sophie Bassouls

et le voilà mort, depuis le 17 juillet 2013,

 dernier, 

 défenestré. comme on dit.

 ce qui lui passait par la tête,

 il l’a jeté par la fenêtre,

 un jour comme ça

 d’un jour d’été

 Léger, Jack-Alain

 de tous ces noms le bien nommé 

 chair et poussière

 éparpillées

 dans l’univers

 opposé

 des pas apposés

 trottoir du XIIIème

 Arxtarpeia Capitoli proxima

 8 étages, petit voyage

 ………………………………………………………………………………….. . . .

 

 

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Dezső Kosztolányi

“Notre amitié avec Kornél s’approfondit vraiment quand les premiers boutons, bourgeons pourpres de la puberté, firent leur apparition sur mon front. Nous étions comme cul et chemise. Nous lisions et nous discutions. Moi, je lui tenais tête, je réfutais ardemment ses idées impies. Il n’en reste pas moins que c’est lui qui m’initia au mal. C’est lui qui m’éclaira à cette époque sur la façon dont les enfants naissent, c’est lui qui le premier m’expliqua que les adultes sont des tyrans jaunes et bouffis qui empestent le tabac, et qui ne méritent aucun respect parce qu’ils sont plus laids que nous et mourront plus tôt, c’est lui qui me convainquit de ne pas étudier, de paresser plus longtemps le matin au risque de rater l’école, c’est lui qui m’incita à fracturer les tiroirs de mon père et à ouvrir ses lettres, c’est lui qui m’apporta le genre de livres et de cartes postales qu’on ne regarde qu’à la lueur d’une bougie, c’est lui qui m’apprit à chanter, à mentir et à écrire des vers, c’est lui qui m’incita à dire tout haut des mots obscènes à la file, à épier par une fente dans les cabines de bain, l’été, les filles qui se déshabillent, et à les importuner à l’école de danse par ma curiosité malséante, c’est lui qui but avec moi le premier verre d’eau de vie, c’est lui qui m’initia aux joies du corps, à la gourmandise et à la luxure, c’est lui qui me révéla que la douleur même recèle une secrète jouissance, c’est lui qui me fit arracher les croûtes des cicatrices qui me démangeaient, c’est lui qui me démontra que tout est relatif, qu’un crapaud peut avoir une âme de même qu’un directeur général, c’est lui qui me fit aimer les animaux muets et la solitude muette, c’est lui qui me consola, lorsque j’éclatai en sanglots devant un catafalque, en me chatouillant les côtes, sur quoi je me mis aussitôt à ricaner de la stupidité incompréhensible de la mort, c’est lui qui inocula l’ironie à mes sentiments, la révolte à mon désespoir, c’est lui qui me conseilla d’être du côté de ceux sur qui crache la multitude, de ceux qu’elle emprisonne et qu’elle pend, c’est lui qui m’apprit que la mort est éternelle, et c’est lui aussi qui voulut me convaincre de ce damnable mensonge contre lequel je protestai à cor et à cri, à savoir que Dieu n’existe pas.” — Dezső Kosztolányi / Kornél Esti / Cambourakis / 2009 / Trad. : Sophie Képès.

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KOSZTOLÁNYI DEZSÕ (Budapest, 1910 )

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