ο μικρός έμπορος , le petit marchand

Rien en poche, pas un rond, pas un espoir.

Blouson de cuir usé, massacré d’avoir tant dormi par terre, dans la rue, les remises béantes…. Les temps sont durs, à qui vendre de la merde, son héro de merde? Des cristaux qui n’ont rien de précieux, pur produit chimique jaunasse qu’il garde dans une petite boîte, tandis que l’odeur a pris possession de sa peau, jusqu’au fond de ses narines brûlées.

Canettes écrasées, capsules et verre brisé, mégots éparpillés sur le sol sont les graines de la moisson du monde futur, c’est son univers, celui de son regard bas. ses seules certitudes.

Quand il croise un client tout va très vite, un regard et c’est l’échange, il prend l’argent et disparaît aussitôt, les flics ne sont jamais loin qui le repèrent à l’odeur. Cette odeur aigre qu’il trimballe. Les keufs, il se tient derrière, contrôlables depuis sa démarche courbée, le visage dissimulé sous ses longues boucles graisseuses. Il s’échappe en les poursuivant. Son look étudiant a rapidement évolué en clodo sans âge, ils sont nombreux à s’être transformés de la sorte.

Riche matinée. Théo, c’est son nom à lui… qui le sait encore? ses mains tremblantes ne lui obéissent plus, depuis quand n’a t’il plus écrit son nom…? quel formulaire de mendicité sociale? Quelle demande où il étalait ses diplômes, les langues qu’il parlait, ses souhaits? il ne s’en souvient plus. s’en souviendrait-il qu’il ne le croirait pas. Théo s’aimait avant comme il aimait sa ville, comme il aimait l’autre Théo que le SIDA et le reste lui ont pris. Ils étaient deux et unis.

Riche matinée, quelques ventes avant neuf heures, le ciel d’hiver se gonfle de soleil qui après avoir avalé les derniers nuages ne devrait pas les régurgiter. Mais l’air est épais comme la colle des affiches et dans les bouches on dirait qu’il scelle les lèvres. Jour sans voix. Même gélatine dans ses yeux qu’il frotte maladroitement sans parvenir à en extraire la torpeur de ce froid glacial, de cette immense fatigue.

A la maison enfin, dans “sa cuisine”, il tient dans ses doigts gauches les précieux cristaux qu’il range dans les petit pots en disant : trois euros la pièce… tu ne trouves pas d’héroïne dans les rues d’Athènes??? celle-la est pour toi Théo…

La prise c’est une gifle folle, ça va droit où ça doit aller. Dans les jambes d’abord, et le cœur qui bat fort dans la gorge comme s’il explosait lui aussi.

Dans l’autre monde la ville s’agite d’un quotidien qui n’est qu’apparences. Les caisses de fruits et de légumes sont dehors, dans la rue, pour le marché qui se tenait là avant. Maintenant c’est des caisses vides, qu’on jette ici pour que les pauvres se chauffent. Seul rescapé le marchand de journaux qui gueule sa colère pour vendre son papier. Lui aussi finira bien par se taire.

Trois tours de clé et il entend la porte d’entrée qui grince, résident ou visiteur. N’importe, c’est toujours la même quête qui amène les gens ici. Il dégage le lit qui bouche le passage et du pied il tente de décoller les moignons de bougies directement fixés au sol dans les coulures de cire plus ou moins épaisses. L’autre le rejoint dans la cuisine et paraît souffrir de cet air si puant et visqueux qu’il doit quand même inhaler. Marche arrière. La bière à deux balles qu’il a bu lui en remonte de l’estomac et envahit sa bouche d’où elle s’écoule en filets baveux d’abord, puis en jets saccadés de liquide ambré comme l’eau de l’évier où il est allé vomir. Il crache la pâte amère qui lui a envahit la bouche sans susciter le moindre intérêt autour de lui.

Papier alu dans la boîte, feuille déjà brûlée, déjà pliée et le briquet en main, prêt. L’unique point d’ordre de ce chaos en est aussi le point de départ.

La pièce est vide, un canapé pourri et une table basse, ou une caisse, couverte d’un tissu de laine rouge, plutôt rouge. Sur le canapé il y a Dimitri qu’il avait complètement oubliée. Il le secoue comme un sac. On le dirait embaumé…, les yeux vides avec des cernes violets. il ne dort pas. il ne se réveille pas. Oubliée la baise, il le bouscule encore, vraiment fort cette fois. il s’est recroquevillé sur le côté et se présente de dos,  il voit ce pyjama, toujours le même, les chaussettes en éponge et le gros gilet qui pend autour de ce corps insaisissable. Le froid le tue. Et lui, il se tait. Il y a quelques restes de nourriture sur la table, mais qui trouverait du courage pour manger ces pourritures? Les rats viendront faire le ménage.

Les cristaux sont sur la feuille d’alu, un verre, une flamme et cette sacrée fumée… la drogue frit. la fumée bave telle une morve animée dans la pipe, sur les dents, emplit la bouche, les poumons… Et soudain, le meilleur se produit, contre les parois de l’estomac, dans les intestins, jusqu’aux muscles de l’anus… Une vague relaxante, le corps parcouru d’un déchainement de bulles orgasmiques. Dimitri gémit, ça n’a rien d’une voix. il réclame.

Niko, c’est ainsi que s’appelle le visiteur, se décide à aller le voir, il parvient à faire glisser ce qui a l’épaisseur d’un squelette dans son chandail. Théo revient qui lui fourre la cuillère dans la bouche pour y verser un peu d’eau. Il a toujours en main le papier et le briquet. il suçote, semble boire un peu. L’autre les observerait s’il n’était aussi absent, et c’est mécaniquement qu’il s’accroupit sur le canapé, sur Dimitri, collant sa joue contre sa bouche, il s’allonge sur lui, dans l’odeur violente de la sueur froide. il grince des dents, c’est le bruit de la pierre sur la pierre, il a pris ses mains dans les siennes qu’il frotte. C’est d’instinct qu’il attend une réaction du garçon.

Théo est retourné dans “sa cuisine”, il remet ça, veut un coup de fouet. Il se frotte les gencives avec le doigt, les enflamme. L’eau entraine les cendres dans l’évier, tout disparait dans la vidange. Brosse. Brosse à dents, il la passe sous l’eau et brosse comme un fou, et recommence, encore et encore, de plus en plus fort. des larmes de douleur se forment au bord de ses yeux. Tête droite il s’observe dans le miroir. Se sourit, soudain humain, soudain à se dire qu’il ne comprend plus rien, ni de sa vie ni de ce monde.

Tu es dans le tourbillon, dans le manège emballé. Il ne te reste que ce trou dans ton sourire pour t’intéresser encore à toi, et te faire rire. Rire aux éclats, aux larmes, à t’étouffer… ça se transforme vite en toux violente, quinte sur quinte qui te mettent à terre.

Vacuité de la vie, des jours, il ne reste à cette humanité perdue que la comédie amère du vide. C’est à dire RIEN.

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