à propos de Zorba…

Pour animer le regard désenchanté qu’un homme pose sur ses difficiles relations avec Dieu, Nikos Kazantzaki a écrit Alexis Zorba. Michael Cacoyannis pour réaliser son film isole les meilleurs éléments du livre et les rend définitivement beaux et inoubliables sur la pellicule.

Zorba est un autochtone qui dans une région à l’Histoire mouvementée et sombre, la Crête, la Grèce et les Balkans, a eu une histoire elle même mouvementée et plutôt sombre.  Mais Zorba est un sage dont l’existence repose sur cette évidence philosophique : la vie doit être vécue pleinement parce que quand on est mort on ne peut plus le faire. Cet homme d’âge mûr trouve volontairement la vie agréable et passionnante, se rit des catastrophes et s’engage dans des expériences en apparence folles.  Zorba est profondément Grec, atomiquement Grec, quand son moral pourrait s’effondrer il le régénère par le plaisir, sa joie dans la musique et dans les autres, son bonheur quasi mystique à danser. C’est la fin du film, quand survient la catastrophe avec la chute au bas de la montagne de leur projet commun Zorba apprend à Basil le sirtaki et la scène de leur danse sur la plage demeure aussi inoubliable que la musique qui l’accompagne.

Quand j’ai compris le film ce fut longtemps après l’avoir vu pour la première fois, enfant avec ma grande sœur dans un cinéma de la Porte-d’Orléans, ce fut bien sûr à la télévision à l’heure tardive de je ne sais quel ciné-club cathodique. Sans doute me retrouvais-je là faute de mieux, probablement pas dans l’attente fébrile de découvrir ce qui était déjà devenu  » un vieux film »… Curieusement je me rappelais quelque chose de drôle et les premières minutes me parurent singulières. Jeune homme la Grèce m’avait reconnu comme un des siens, j’étais séduit, amoureux de cette terre et de son peuple, elle s’était chargée de sens, et moi de désir, de passion. Une relation forte, tumultueuse, s’était engagée. Je pense que c’est Mélina Mercouri, qui, portant haut la voix des exilés, entretint mon « philhellénisme ». Le film de Cacoyannis fut l’élément conscient de mon attachement, au sens propre, à ce pays. Ce besoin essentiel d’en connaître la langue, la musique, la littérature, … les gens plus largement. L’univers culturel qu’il me révéla, si différent du mien et si divertissant, m’aspirait. La réaction décalée du héros me fit comprendre que si on ne pouvait agir sur les évènements autant en rire.

Le Zorba d’Anthony Quinn, et par là même son interprétation de l’homme grec, est  tout d’abord absolument remarquable, et surtout elle est inoubliable. Cet irlando-mexicain des bas-fonds de L-A. est parvenu à incarner définitivement l’âme et la force vive de la Grèce, sa contemporanéité et son éternité.

La musique, magnifique, pénétrante, elle aussi inoubliable, est l’autre interprète du film. Dès lors cette musique grecque est devenue planétaire, aimée, célébrée par toutes les catégories sociales. Elle est l’œuvre de Mikis Théodorakis, compositeur lumineux, dépositaire de ce matériau populaire extraordinaire, ce caractère artisanal du chant, spontané de la danse, des notes, le souffle naturel de la poésie. Pour concevoir cette mélodie enivrante Théodorakis a associé deux danses très différentes, le syrtos, lent et digne, et le pidikos, frénétique et sauvage.

Ce film a fait de moi un exilé,  un Grec de l’extérieur. Après l’avoir revu je lisais toute l’œuvre de Kazantzaki, puis de contemporains de plus en plus nombreux, j’apprenais la langue, m’intéressais à la religion et je m’orientais dans une profession qui allait nous lier définitivement. La vie a ses diktats qui bouleversent nos volontés intimes mais ma grécité a continué de s’enrichir et où que je me trouve j’ai pu me rire de ces petites contrariétés qui ne m’amenaient pas forcément là où je le voulais.

Le film est resté populaire des années durant, diffusé régulièrement à la télévision, à l’affiche de festivals comme de cinémathèques. Il peut paraître un peu vieillot aujourd’hui mais je pense que les gens continueront d’aller le voir malgré ses cinquante ans. Aujourd’hui, à la lumière de la crise, il se charge de davantage de sens. Sa musique, elle, ne cessera jamais, comme un flux sanguin.

zorba1

Origine du film : États-Unis, Grèce
Réalisateur : Michael Cacoyannis
Acteurs : Alan Bates, Anthony Quinn, Irene Papas, Lila Kedrova, George Foundas
Genre : Drame
Durée : 02h16min
Année de production : 1964
Date de sortie : 1964
Titre Original : Alexis Zorbas – Zorba the Greek

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Cacoyannis

https://fr.wikipedia.org/wiki/Zorba_le_Grec

https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis

http://www.voirfilms.org/zorba-le-grec.htm#filmPlayer

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